Le remorquage d’une voiture par un particulier n’est pas interdit en France, mais le Code de la route l’encadre si strictement qu’il ne reste légal que dans un périmètre très étroit : barre rigide homologuée obligatoire, conducteur titulaire du permis dans le véhicule tracté, vitesse plafonnée à 25 km/h, feux de détresse allumés, et interdiction absolue sur autoroute et voie express (article R. 421-12). En dehors de ces conditions, le remorquage entre particuliers constitue une infraction passible d’amende.
Ce guide juridique et technique décortique chaque article du Code de la route applicable au remorquage non professionnel. Nous y comparons les dispositifs d’attelage autorisés, expliquons les limites légales selon le type de voie et détaillons les obligations auxquelles sont soumis le tracteur comme le tracté.

Le cadre légal article par article
Le Code de la route ne consacre pas un chapitre entier au remorquage entre particuliers. Les règles se répartissent entre plusieurs articles qu’il faut croiser pour obtenir une vision complète des obligations.
Article R. 421-12 : l’interdiction sur autoroute
Ce texte est le plus catégorique. Sur les autoroutes et les voies express à accès réglementé, seuls les professionnels agréés par le préfet sont habilités à remorquer un véhicule en panne. Un particulier qui tenterait de tracter une voiture sur ces axes s’expose à une contravention de 4ᵉ classe (135 € d’amende forfaitaire) et à l’immobilisation immédiate des deux véhicules. Pour comprendre comment fonctionne le remorquage professionnel dans ces situations, notre guide complet du remorquage de voiture détaille l’ensemble des méthodes utilisées.
Articles R. 317-20 à R. 317-22 : les dispositifs d’attelage
Ces articles réglementent les systèmes de liaison entre véhicules. Le dispositif doit être homologué (marquage CE ou E), adapté au poids du véhicule tracté et conçu pour empêcher tout contact entre les deux véhicules en cas de freinage du tracteur. En pratique, seule la barre de remorquage rigide satisfait à ces exigences dans le cadre d’un remorquage de dépannage.
Article R. 416-19 : la signalisation du véhicule tracté
Le véhicule remorqué doit être signalé par ses feux de détresse (si la batterie le permet) et par un dispositif visible à l’arrière (panneau « véhicule en remorque » ou triangle de présignalisation fixé de manière stable). De nuit, les feux de position et le feu de brouillard arrière doivent être actifs.
Article R. 412-12 : la vitesse maximale
Aucun texte ne fixe explicitement une vitesse maximale pour le remorquage de dépannage entre particuliers. En revanche, les forces de l’ordre considèrent généralement qu’une vitesse supérieure à 25 km/h met en danger les autres usagers, compte tenu de l’absence de frein de service efficace sur le véhicule tracté (moteur éteint = pas d’assistance au freinage). La jurisprudence retient 25 km/h comme seuil de prudence, et 50 km/h comme limite absolue.
Barre rigide, corde ou sangle : comparatif technique et légal
Le choix du dispositif d’attelage est le point technique central du remorquage entre particuliers. Tous les systèmes ne se valent pas — et tous ne sont pas légaux.
La barre de remorquage rigide : le seul dispositif conforme
La barre rigide (aussi appelée « triangle de remorquage ») est une structure métallique articulée en deux points qui relie le crochet ou l’anneau d’attelage du véhicule tracteur à celui du véhicule tracté. Sa caractéristique essentielle : elle maintient une distance fixe et constante entre les deux véhicules.
Cette rigidité présente trois avantages décisifs sur le plan de la sécurité. Elle empêche le véhicule tracté de percuter le tracteur lors d’un freinage, puisque la distance ne peut pas se réduire. Elle stabilise la trajectoire du véhicule tracté en limitant les oscillations latérales. Elle permet un freinage relatif du tracté par compression de la barre (le véhicule tracté « pousse » contre la barre et transfère une partie de son énergie cinétique au tracteur).
Une barre homologuée porte le marquage CE, affiche sa capacité maximale en kilogrammes et se fixe sur les points d’ancrage prévus par le constructeur (anneau de remorquage avant du tracteur, anneau arrière du tracté). Le prix d’achat se situe entre 30 et 80 € selon le modèle et la capacité.
La corde de remorquage : tolérée mais risquée
La corde (ou câble textile) ne maintient aucune distance fixe. Elle se tend sous traction et se détend au freinage, créant un effet « accordéon » potentiellement dangereux : le véhicule tracté percute le tracteur à chaque décélération.
La loi ne l’interdit pas explicitement sur route ordinaire, mais les forces de l’ordre peuvent verbaliser pour mise en danger si les conditions de sécurité ne sont pas réunies. La corde doit être signalée par un fanion rouge ou un tissu visible en son milieu.
En pratique, la corde est inadaptée à tout remorquage de plus de quelques centaines de mètres. Elle ne répond pas à l’esprit des articles R. 317-20 à R. 317-22 qui exigent un dispositif empêchant le contact entre les véhicules.
La sangle à cliquet : détournement d’usage
Les sangles d’arrimage à cliquet sont conçues pour maintenir un chargement sur un plateau, pas pour tracter un véhicule. Leur utilisation comme dispositif de remorquage est un détournement d’usage caractérisé. Elles n’ont ni l’élasticité contrôlée d’une corde de remorquage ni la rigidité d’une barre. En cas de rupture, le cliquet métallique devient un projectile.
L’A-frame (barre en A) : solution intermédiaire
L’A-frame est une barre rigide en forme de V qui se fixe sous le pare-chocs du véhicule tracté, avec un seul point d’attache côté tracteur. Ce système est courant au Royaume-Uni pour le remorquage de caravanes et de petits véhicules. En France, son utilisation est possible à condition que l’A-frame soit homologué et que le véhicule tracté ne dépasse pas 750 kg de PTAC sans système de freinage propre. Au-delà, un dispositif de freinage inertiel est obligatoire.
Les points d’ancrage : où accrocher sans tout casser
L’anneau de remorquage constructeur
Chaque véhicule possède un ou deux points d’ancrage prévus par le constructeur pour le remorquage. Il s’agit soit d’un anneau fixe soudé au châssis (fréquent sur les véhicules utilitaires et les anciens modèles), soit d’un anneau vissable rangé avec le cric dans le coffre (standard sur les véhicules récents). L’emplacement du filetage est indiqué dans le manuel du propriétaire et signalé par un cache plastique sur le pare-chocs.
L’anneau doit être vissé à fond, à la main puis serré fermement. Un anneau mal vissé peut se déloger sous traction et provoquer la séparation des deux véhicules en pleine circulation.
Ce qu’il ne faut jamais utiliser comme point d’attache
Le berceau de suspension, les bras de triangle, les éléments de carrosserie (pare-chocs plastique, support de plaque), la rotule de direction et les jantes ne sont pas des points de traction. S’y accrocher déforme les pièces, endommage la structure et peut provoquer une rupture brutale.
Les conditions techniques du véhicule tracté
Direction libre et déverrouillée
Le conducteur du véhicule tracté doit pouvoir tourner le volant pour suivre la trajectoire du tracteur. Si le contact est coupé et que le véhicule est équipé d’un antivol de direction, le volant se bloque au premier virage. La solution : laisser le contact sur la position « accessoire » (ACC) pour maintenir la direction déverrouillée sans démarrer le moteur.
Freinage et direction assistée hors service
Moteur éteint, le servofrein et la direction assistée ne fonctionnent plus. La pédale de frein devient très dure (il faut appuyer 3 à 5 fois plus fort qu’à l’habitude) et le volant demande un effort musculaire considérable, notamment à basse vitesse et en manœuvre. Le conducteur du véhicule tracté doit impérativement en être informé avant le départ.
Transmission et boîte de vitesses
Les véhicules à boîte manuelle doivent être en point mort. Les véhicules à boîte automatique posent un problème majeur : la pompe à huile interne est entraînée par le moteur. Moteur éteint, les engrenages tournent sans lubrification et surchauffent. Certains constructeurs autorisent un remorquage limité (moins de 5 km à moins de 30 km/h), d’autres l’interdisent formellement. La seule source fiable est le manuel du propriétaire de votre véhicule.
Pour comprendre en détail pourquoi les professionnels utilisent des méthodes adaptées à chaque type de transmission, consultez notre article sur la différence entre dépannage et remorquage.
Les situations où le remorquage entre particuliers est légalement possible
Au vu de l’ensemble des contraintes, le remorquage par un particulier n’est réellement envisageable que dans un cadre très restreint.
Déplacement de quelques centaines de mètres
Déplacer un véhicule en panne du milieu d’une rue vers une place de stationnement à 200 mètres, avec une barre rigide, à 10 km/h, sur une voie urbaine peu fréquentée : c’est le cas d’usage typique où le remorquage amateur reste raisonnable et légal.
Manœuvre sur terrain privé
Sur un parking privé, un terrain agricole ou dans une propriété, le Code de la route ne s’applique pas. Vous pouvez utiliser le dispositif de votre choix, à vos risques et périls mécaniques.
Tous les autres cas : faites appel à un professionnel
Dès que la distance dépasse le kilomètre, que la route comporte des virages, des dénivelés, du trafic dense, ou que le véhicule est équipé d’une boîte automatique ou d’une transmission intégrale, le recours à un dépanneur professionnel est la seule option raisonnable — tant sur le plan légal que technique. Notre grille des tarifs de dépannage et de remorquage vous permet d’estimer le coût réel de l’intervention.
FAQ — Remorquage entre particuliers : cadre légal et technique
Est-il légal de remorquer une voiture avec une corde en France ?
Quelle amende risque-t-on pour un remorquage illégal sur autoroute ?
Peut-on remorquer une voiture automatique avec une barre ?
Faut-il un permis spécial pour remorquer une voiture en panne ?
Mon assurance couvre-t-elle un accident pendant un remorquage amateur ?
Où acheter une barre de remorquage homologuée ?
Peut-on remorquer un véhicule électrique avec une barre rigide ?
Que faire si ma barre de remorquage casse en route ?
L’Essentiel à Retenir
Le remorquage entre particuliers est légal sous conditions strictes : barre rigide homologuée (CE), conducteur avec permis dans le véhicule tracté, vitesse inférieure à 25 km/h, feux de détresse allumés, signalisation arrière visible. Il est formellement interdit sur autoroute et voie express (amende de 135 €). La corde et la sangle ne sont pas conformes aux exigences de sécurité du Code de la route. Les véhicules à boîte automatique, à transmission intégrale et électriques ne doivent pas être remorqués roues motrices au sol. En pratique, le remorquage amateur n’est raisonnable que sur quelques centaines de mètres en zone urbaine calme. Au-delà, le professionnel reste la seule option sûre et légale.